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11 oct. 2009

Tavernier, authenticité, pastiche


Si une expression authentique se caractérise par l'usage d'un langage propre - comme Chloé  -, alors il est difficile de trouver plus inauthentique que le futur film en costume de Tarvernier, la Princesse de Montpensier.



Pour Aristote, l'art est une imitation du réel. Le film de Tavernier, lui, n'imite pas le réel, mais le cinéma : la fumée artificielle qui flotte sur les douves de son château, par exemple, il ne l'a pas vue dans le réel, mais dans de nombreux films d'époque où de la fumée flotte pour signifier qu'il s'agit d'une époque de ténèbres. Et cette fumée lui a d'ailleurs tellement plu qu'il en a fait flotter jusque dans la chapelle (il est vrai qu'on n'y célèbre pas un mariage d'amour).


Son film est donc une imitation d'imitations, un pastiche. Robert Bresson, qui détestait les pastiches, comparait les pasticheurs à ces fous imitant Napoléon, dont la nature n'était pourtant pas d'imiter.

Mais on peut aussi défendre l'usage du pastiche, ce qui fera l'objet d'une future note.

7 oct. 2009

Tournage avec Tavernier (3)


La responsable des figurants entre dans la cour : "les domestiques à droite, les notables à gauche" Nous nous exécutons, contents qu'il se passe quelque chose.

Un homme apporte trois épées, hésitant sur les bénéficiaires. On nous a donné des fourreaux ce matin, qui attendent d'être remplis. L'homme hésite en me regardant, avant de confier l'épée à mon voisin. Une assistante vient enlever ma ceinture inutile.

Lambert Wilson passe dans la cour, muni d'un sabre d'apparat. Ma voisine : "Il est quand même sacrément beau". Peut-être, oui, je ne sais pas. S'il était moins connu, il le serait sans doute moins.

Bertrand Tavernier arrive, nous allons tourner la scène du mariage dans la chapelle du château. Son assistant vient choisir les figurants. Il prend d'abord Antoine, puis un autre, puis une autre. Enfin, on me choisit, je le suis.

Au centre de la chapelle, deux petits tabourets pour les mariés agenouillés. Derrière, un demi cercle d'invités se tiennent debout. Des figurants composent le second cercle, ainsi que le troisième. On me place au fond, près de la machine à fumée.

Puis l'assistant déplace Antoine, puis une femme, puis un autre figurant, puis moi, et je me retrouve au premier rang, à côté de Lambert, face à la caméra. Une maquilleuse lui apporte un miroir, il replace minutieusement ses cheveux très courts.

Antoine a pris ma place au fond. Julien est resté dehors. Il y a de la fumée partout. Bertrand dit "moteur".

4 oct. 2009

Tournage avec Tavernier (2)

Le déjeuner a été excellent, nous partons digérer devant les écuries.

Il y a là quatre notables, un domestique, une femme aristocrate, un notaire, un prêtre et deux moines. Ces deux derniers ont eu droit à une tonsure, indemnisée 83€. Le prêtre s'en va marcher dans les champs, j'apprends plus tard qu'il est un véritable prêtre. La femme aristocrate nous raconte son métier de chirurgien des intestins à l'hôpital, le stress, ses journées de 15 heures, son contact quotidien avec la mort.

Nous partons faire un tour au château. Dans l'eau des douves, un jeune pigeon est en train de se noyer. Le domestique parvient à le sauver. Il le pose à sécher sur le muret, et nous poursuivons notre chemin.

Au centre de la cour, un faux puits en polystyrène a été créé. Contre un mur, un faux échafaudage en mousse. Plus loin, des ateliers de taille de pierres, en mousse. Une charrette à bras, couverte de courges et de potirons. Une longue table couverte de gros pains, un long couteau soigneusement planté dans le bois.

L'ensemble, trop parfait, ressemble aux illustrations des livres pour enfant. Le notaire tapote le puits pour en vérifier la texture.

Bertrand passe d'un pas mal assuré. Sa compagne, une femme plus jeune d'une trentaine d'années, lui tient la main.

Nous attendons.






2 oct. 2009

Tournage avec Tavernier (1)

Avec deux amis, je suis allé hier au château du Plessis-Bourré. Nous avions été choisis comme figurants pour un film de Bertrand Tavernier, la Princesse de Montpensier (adaptation d'un récit de Mme de La Fayette, consacré à l'histoire d'amour entre le joli duc de Guise et la belle Mlle de Mézières, contrainte d'épouser l'austère prince de Montpensier).

Quand on arrive au château, ils tournent une scène avec calèche, chevaux, cavaliers, palfreniers, servantes et brume artificielle flottant sur l'eau des douves. "Je pars sans vous attendre", dit le cavalier à la princesse de Montpensier, dont je n'entends pas la réponse. "Le regard de Mélanie était très bien", dit Bertrand, qui a l'air satisfait.

Nous partons mettre nos costumes (la photo de mon profil vient des essayages d'il y a 15 jours), on nous maquille, on nous coiffe, puis je vais regarder le tournage de la scène suivante. Filmé sous un autre angle, le même cavalier répète "Je pars sans vous attendre", avant de remonter tranquillement l'allée avec son cheval. Là encore, Bertrand a l'air content. Il fait beau, la brume artificielle flotte toujours sur l'eau des douves.

Un figurant déguisé en palefrenier regarde avec envie mon costume de notable. Il est là depuis 8h ce matin, son rôle consiste à charger et décharger une charrette à proximité du cavalier qui part sans les attendre. Lui aussi est satisfait parce que la journée de figuration est indemnisée à hauteur de 98€. Il prend des photos de Mélanie, qui a mal au pied (une assistante le lui masse).

On attend encore un peu, assis dans l'herbe. Il y a du café, des tartines, des gens avec qui papoter. Le temps passe agréablement.


Bientôt, il est temps d'aller déjeuner.